C’est l’histoire d’un enfant de neuf ans inquiet du brouhaha du monde et du grand silence de l’univers. C’est l’histoire d’un enfant inclassable et de l’acharnement maladif de notre société à classer toutes les déviances. C’est l’histoire d’un enfant qui a perdu sa mère militante, seule capable de le rassurer, et qui cherche des réponses auprès de son père astrobiologiste, spécialiste du doute.
J’ai lu ce livre en vacances. J’ai été subjugué et me suis promis de le chroniquer. Puis, au moment d’en parler, c’est l’envie de le relire, de m’y replonger qui s’empare de moi. Et ce n’est pas la première fois avec un ouvrage de Richard Powers qui ne parle pas seulement très bien de celles et ceux qui sont différents, il a lui-même une sensibilité singulière dans son écriture, un léger décalage qui donne envie de croire que le monde n’est qu’un assemblage de décalages.

Tous les thèmes abordés dans Sidérations étaient faits pour me plaire : la place d’un enfant qui pense différemment dans un système scolaire normatif ; la relation père-fils quand elle passe par une tendre et poétique volonté de transmettre des valeurs positives ; l’image brisée d’une figure maternelle, militante pleine d’optimisme malgré l’impuissance à voir les causes défendues avancer ; la tentation de la science ou de l’intelligence artificielle pour palier aux fêlures humaines ; les silences habités de la nature pour nous donner des leçons de vie.

Je ne sais pas si ce livre est inspirant. Personnellement, il me parle des difficultés à vivre d’humains tels que je voudrais que nous soyons tous sur terre. Il me donne le sentiment que je ne suis pas seul, que mes propres obstacles sont des défis pour d’autres et que, même si nous sommes loin de vivre dans un monde qui chérit les différences, toutes les voies singulières sont inspirantes, quelle que soit leur issue.
C’est l’histoire d’un enfant qui vit avec les animaux comme avec ses égaux, qui habite des planètes sur toutes les galaxies, qui voudrait résoudre le paradoxe de Fermi, comprendre pourquoi dans l’abondance de l’univers nous ne captons que du vide, qui réclame de la poésie pour s’endormir, qui est prêt à cogner pour défendre son père, qui est capable de ressentir les traces des pensées de sa mère et qui protège les rivières en prenant soin de ses cailloux. C’est l’histoire d’un enfant tellement différent de moi qu’il me ressemble. C’est l’histoire d’une sidération essentielle : la vie existe !


