Jean-Baptiste Andréa « Veiller sur elle »

Je ne connaissais pas Jean-Baptiste Andrea et je dois bien avouer que je ne suis pas très attentif à qui reçoit le prix Goncourt. « Veiller sur elle » est arrivé sous mes yeux par hasard, car une amie l’a prêté à ma compagne qui connait ma passion pour les romans italiens de Vincent Engel et m’a suggéré d’y jeter un œil. Quelle belle découverte !

Comme chez Engel, j’ai retrouvé le souffle de grands destins humains emportés par la montée du fascisme et tendus par la volonté de femmes d’exception de se dresser contre cette barbarie et le peu de place qui leur est accordée. Ici aussi, la culture et l’art jouent un rôle essentiel, en particulier la sculpture puisque l’un des deux personnages principaux, Mimo, est un tailleur de pierre inspiré. Et Andrea déploie également une dimension sacrée et magique à son récit en offrant à son héroïne, Viola, un rapport singulier à la mort et à la vie qui la place au-dessus de la seule réalité historique de cette époque. L’aspect conte philosophique n’est pas loin, ce que je trouve souvent passionnant.

Là où Jean-Baptiste Andrea m’a surpris et procuré un plaisir de lecture qui n’était pas entaché par la comparaison avec l’œuvre dense et complexe de Vincent Engel, c’est dans l’exploration des compromissions de ses protagonistes avec les turpitudes de l’époque et les affres du pouvoir fasciste. La tentation est grande pour Mimo, parti de rien et moqué pour son apparence physique, de gagner en influence et en grandeur, en épousant la cause des plus forts et des plus puissants. Et la marge de manœuvre de Viola, membre d’une famille influente et proche du nouveau régime fasciste, est malheureusement bien étroite et presque uniquement symbolique.

Pourtant, la relation subtile, profonde et mouvante entre ces deux êtres que tout oppose va mener à un dénouement surprenant, où l’amour, l’attachement, la fidélité, le courage et la dignité sont mis à rude épreuve. Sans rien dévoiler, il est alors question de la place des femmes, de la souffrance dans la société et de spiritualité au-delà de la religion. Le tout sans renier une bonne dose d’émotions ! Voilà un livre dont la trame met en œuvre avec bonheur des valeurs humanistes, aussi questionnantes qu’inspirantes. Un plaisir de lecture !

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