Le premier volet de la saga Dune de Franck Herbert a été édité en 1965. Je dois bien avouer que je ne l’ai pas lue, mais, comme tout le monde, j’en ai souvent entendu parler. Cette œuvre a effectivement révolutionné la SF de son époque notamment en abordant la question écologique, quelques années avant la publication du rapport Meadows sur les limites de la croissance, et en donnant une plus grande place aux héroïnes féminines, notamment avec l’ordre des Bene Gesserit. Enfin, il est de notoriété publique que Georges Lucas s’est inspiré de Dune pour créer l’univers de Star Wars.
L’adaptation cinéma de David Lynch date de 1984. Je n’avais que 9 ans à l’époque et je ne l’ai donc vue que bien des années plus tard. Dès sa sortie, le film est critiqué et ne rencontre pas vraiment le succès. Vingt ans plus tard, le jeu d’acteur et l’esthétique ont clairement mal vieilli. Pourtant, le scénario se tient aux grandes lignes de la saga originale, basées sur la figure de l’élu, du messie (dont j’ai déjà parlé à propos de Matrix dans un billet précédent que vous retrouverez ici). Malgré ses défauts, le parcours du héros est assez classique : Paul Atréides réalise sa destinée, affronte des méchants absolument horribles, dont il triomphe pour apporter la paix dans la galaxie.
La récente sortie de la deuxième partie de la nouvelle adaptation cinéma par Denis Villeneuve m’a soudain amené à me poser la question : pourquoi encore revenir sur cette œuvre aujourd’hui ? N’y a-t-il pas d’autres archétypes de récit que celui de l’élu à explorer ? Dans le premier opus du cinéaste canadien, j’avais été séduit par l’esthétisme qui, loin des errements de David Lynch, donne un souffle plus contemporain à cette histoire. Paul Atréides découvre une planète fascinante, aussi fragile que dangereuse, et comme lui, le réalisateur semble nous inviter à vouloir la protéger.
Dans ce deuxième volet, Denis Villeneuve s’attaque à l’aspect messianique en introduisant de légères modifications par rapport à son prédécesseur. Son héros refuse dans un premier temps ce statut, au grand bonheur de Chaina sa compagne qui voit en lui un authentique allié pour que les habitants de Dune délivrent enfin leur planète. Mais dans un second temps, qui est comme un retour de manivelle plutôt inattendu ou trop rapide, Paul Atréides plonge dans le côté obscur et se hisse à la hauteur de la violence et de la turpitude de ses ennemis pour les combattre.
Cette volonté d’aborder les parts sombres du héros était déjà présente dans l’œuvre originale. Et beaucoup de films récents ont poussé cette exploration de la noirceur de leur protagoniste principal à son paroxysme (je pense en particulier à la série des Batman return). Denis Villeneuve ne fait rien de neuf dans cette voie, si ce n’est qu’à mon grand désarroi, comme à celui de Chaina, il clôture son deuxième opus sur cette chape d’obscurantisme. Dès lors, puisqu’il n’est pas certain qu’il y aura une suite ou qu’elle nécessitera deux à trois ans avant de voir le jour, je doute énormément de l’intérêt de rassembler des millions de spectateurs dans des salles pour les laisser repartir avec une telle énergie négative.
Je suis sorti du cinéma de ma ville avec un regard plus triste encore sur l’état de notre monde, notre incapacité actuelle à apporter des réponses à la question écologique et à la domination des puissants. Peut-être suis-je trop sérieux ou trop pessimiste, mais à l’évidence ce « Dune : Partie deux » de Denis Villeneuve n’est pas ce que j’appelle un récit inspirant. Dommage, quoique peu surprenant tant que nous n’explorerons pas collectivement d’autres stéréotypes que celui de l’élu, du messie pour aborder les thèmes de la libération et de la protection du vivant.


