La collection iF, dirigée par Antoine Wauters, aux éditions de l’Arbre à Paroles, se spécialise dans les textes hybrides, à la marge entre différents genres. De la poésie narrative à la prose poétique, se déploie dans ce magnifique catalogue toute une liberté de tons, de formes et d’expérimentation.
Voici une petite sélection personnelle, issue de cette collection, de quatre ouvrages chers à mon cœur pour diverses raisons : « Scalp » de Christine Aventin qui m’a beaucoup inspiré et « donné l’autorisation » de parler à mon tour en poésie de mes problèmes de santé, « Desperados » de Karel Logist dont j’adore l’authenticité, l’évidence, la sensibilité dans l’écriture, « Venus Poetica » de Lisette Lombé qui me donne, chaque fois que je la lis, l’énergie de mordre la vie à pleines dents, et enfin, sorti en même temps que mon propre recueil « Mon corps d’avant », « Les nuits filantes » de Caroline Boulord chez qui je retrouve le courage, la lucidité et le regard malgré tout émerveillé des trois précédents livres cités. Ma poésie se sent moins seule en aussi belle compagnie.
« Scalp » de Christine Aventin
D’abord, il y a le rapport au père. En quelques poèmes aussi sombres que limpides, Christine Aventin pose les bases de sa biographie : elle est la fille du pendu. Ensuite, la poésie narrative rend compte de la maladie et de l’hospitalisation. OMA (otite moyenne aiguë) et AEG (altération de l’état général), les abréviations médicales deviennent matière à poésie de la chair, de la vie qui cherche encore à se frayer un chemin malgré les mises en danger. Mais l’écriture est ici surtout une tentative de mettre du sens sur les chiffres techniques, les souvenirs enfuis et le ballet des vivants dont les trajectoires erratiques ne tiennent dans aucune équation. Ne reste que la poésie, lucide pour éclairer les ombres et trouver de la beauté dans la brutalité. Enfin, il y a le rapport à l’amour, radical. Christine Aventin, en esthète punk, est une amatrice de scalps
https://www.maisondelapoesie.com/catalogue/scalp
« Desperados » de Karel Logist
« Desperados » de Karel Logist est une confession radicale, le compte-rendu sans faux-semblants de la passion du poète bousculé pour un jeune homme gay dont la vie est un perpétuel chamboulement. Cette poésie qui dit si bien les profondeurs du quotidien s’attache à décrire ce qui a extrait le poète de son ancienne vie rangée et ennuyeuse. Cependant, ce nouveau quotidien inhabituel est source permanente de peines, de ruptures, de menaces. Karel Logist ne juge rien, prend tout ce qui vient avec la même franchise et la même honnêteté de nourrisson amoureux : les caresses qui donnent de l’espoir, les angoisses qui barrent l’horizon et les frasques qui donnent l’illusion de tenir debout dans un tourbillon. S’il s’agit là de son recueil le plus surprenant, c’est aussi celui où il touche avec le plus de tendresse la poésie des passions humaines.
https://www.maisondelapoesie.com/catalogue/desperados/
« Venus Poetica » de Lisette Lombé
Découverte de la sexualité : plaisir personnel en intime contre honte extérieure quand d’autres tombent sur sa trace écrite. Découverte du racisme : incompréhension, comment peut-on avoir peur d’une couleur. Répétitions. De la sexualité, beaucoup, c’est la vie, ça évolue au fil du temps, c’est une exploration permanente, c’est déroutant. « Modern Love » en bande-son. Répétitions. Du racisme, c’est dégoutant et ça se règle à coup de boule. Répétitions. Des mots, c’est stylé, c’est rythmé, c’est vivant. Lisette Lombé se livre, de sa jeunesse fougueuse et légère dans la Cité, à la débauche de ses déménagements adultes, dans d’autres milieux, d’autres corps, d’autres désirs, d’autres espoirs en définitive. Les mots explorent tous les interstices des manques et des trop-pleins de la vie. Les mots qui, de méandres en errements, restent le meilleur moyen d’offrir aux corps meurtris encore un peu d’amour.
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« Les nuits filantes » de Caroline Boulord
Son enfant qui vient de naitre, Caroline Boulord le nomme « la vie tout entière » et soudain tout est dit, toute la vie tient dans ces mots, dans ces poèmes, dans ces petits riens à admirer où tout se joue. Le tour de force consiste à observer le petit être comme une espèce en voie d’apparition, comme la découverte d’un nouveau système solaire, comme la métamorphose lente et radicale d’un bourgeon, de l’extérieur de ce monde nouveau, et à la fois de l’intérieur de l’amour de celle qui constate, regarde et tremble d’être la spectatrice de cette immuable révolution. Caroline Boulord raconte tout de la vie qui change avec l’arrivée d’un enfant, des premiers exploits d’un nourrisson, avec un regard neuf sur ce qui est communément vécu, sur ce que tout le monde sait et ce que personne n’a jamais vu, ce qui reste un mystère. C’est doux, précieux, juste et tendre.
https://www.maisondelapoesie.com/catalogue/les-nuits-filantes/


